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Sommaire
IntroductionLes 3 principes essentielsTVA EtsyRavelry, Ribblr, site persoVente directe à l'étrangerSelon votre activitéSi vous dépassez les seuilsÀ retenir
Toutes les ressources

La TVA pour une micro-entreprise dans le domaine du crochet (Etsy, Franchise, OSS...)

30 min de lecture

Choisissez le pays de votre entreprise

Article dédié à la micro-entreprise

Cet article s'adresse spécifiquement aux micro-entreprises, qui représentent la majorité des créateur·rice·s dans le milieu du crochet en France. Pour les statuts d'entreprise plus avancés (EI, EURL, SASU, SARL...), certaines informations générales s'appliquent, mais les exemples chiffrés et les seuils précis ne seront pas adaptés à votre cas. Consultez un·e comptable pour les spécificités de votre statut.

En micro-entreprise française, vous ne collectez pas de TVA tant que vous restez sous les seuils de la franchise en base. Sur Etsy et la plupart des marketplaces, la plateforme collecte la TVA à votre place sur les biens numériques (patrons, ebooks, cours préenregistrés) : votre client·e paie plus que votre prix affiché, mais cette TVA n'entre pas dans votre chiffre d'affaires. En vente directe à l'étranger en revanche, dès un certain volume cumulé de ventes UE, vous devez vous inscrire au guichet unique OSS et collecter la TVA du pays acheteur, même en restant en franchise pour vos ventes françaises.

La TVA est sans doute la partie la plus nébuleuse de la fiscalité d'une entreprise. TVA signifie « Taxe sur la Valeur Ajoutée », un impôt indirect ajouté à la plupart des prix de vente en France et dans la majorité des pays. Parfois facturée, parfois non, jamais réellement perçue par vous, toujours reversée à l'État. Elle transite par votre activité sans jamais vous appartenir, son taux varie selon le pays de l'acheteur·euse, le pays du·de la vendeur·euse, et la nature du produit vendu.

Et si vous vendez en ligne (créations physiques, patrons, kits, cours), vous avez sans doute remarqué que les factures de vos plateformes sont parfois déroutantes : la TVA apparaît sur certaines ventes et pas sur d'autres, deux client·e·s du même pays peuvent voir des montants différents, et côté américain c'est encore plus opaque. Pas étonnant que tant de créateur·rice·s s'arrachent les cheveux.

L'objectif de cet article : vous donner les clés concrètes pour comprendre ce qui se passe, sans vous noyer dans le jargon fiscal. Nous allons voir les principes essentiels, le cas spécifique d'Etsy et des autres marketplaces, ce qui se passe quand vous vendez en direct (notamment à l'étranger) depuis la France, le traitement TVA selon votre type d'activité crochet, et la spécificité de la vente physique en marché créateur ou en boutique.

Les 3 principes essentiels à retenir

Trois règles à intégrer pour comprendre tout le reste de l'article.

  • En micro, vous ne facturez pas de TVA tant que vous restez sous les seuils.
  • Quand de la TVA est facturée (par vous ou par une plateforme), elle ne vous appartient jamais.
  • Le taux s'applique toujours sur le prix HT, jamais sur le TTC.

1. En micro-entreprise, vous ne facturez pas de TVA

Si vous êtes en micro-entreprise française, vous bénéficiez du régime de la franchise en base de TVA tant que vous restez sous les seuils suivants en 2026 (qui dépendent de la nature de votre activité) :

  • Vente de marchandises (amigurumi, kits, créations physiques, livres physiques, mercerie) : 85 000 € de chiffre d'affaires annuel, avec un seuil de tolérance à 93 500 €.
  • Prestations de services et activités libérales (vente de patrons numériques et contenus dématérialisés, cours, ateliers, contenus sponsorisés, affiliation) : 37 500 € de chiffre d'affaires annuel, avec un seuil de tolérance à 41 250 €.
  • Activités mixtes : les deux seuils s'appliquent en parallèle, avec des règles spécifiques de cumul.

Tant que vous restez en dessous, vous facturez net, sans TVA, et vous n'avez aucune déclaration de TVA à faire à l'État. C'est l'avantage majeur de la micro-entreprise et le cas de la quasi-totalité des créateur·rice·s qui démarrent ou qui exercent à temps partiel.

À savoir

La vente de patrons numériques est généralement classée en prestation de services pour les micro-entrepreneur·euse·s (catégorie « BNC », pour Bénéfices Non Commerciaux), mais selon votre code APE (le code à 4 chiffres + 1 lettre qui définit votre activité officielle au moment de la création de votre micro), elle peut parfois être traitée comme une vente de biens. Si vous avez un doute, demandez à un·e comptable.

Petite précision contextuelle : vous avez peut-être entendu parler d'une réforme visant à unifier ces seuils à 25 000 €. Ce projet a été abandonné après mobilisation des artisan·e·s et des micro-entrepreneur·euse·s. Les seuils ci-dessus restent donc bien d'actualité.

2. Quand de la TVA est facturée, elle ne vous appartient jamais

Ce principe est essentiel à comprendre, même en micro-entreprise. Que la TVA soit collectée par vous (si vous deviez un jour dépasser les seuils) ou collectée à votre place par une plateforme intermédiaire (nous verrons les cas concrets plus loin), retenez une chose : cette TVA n'est jamais à vous. Elle transite par votre activité au profit de l'État, sans jamais vous appartenir.

Concrètement : si un·e client·e paie 6 € TTC (« toutes taxes comprises ») avec 20 % de TVA, votre entreprise touche 5 € HT (« hors taxes », c'est ce qui revient réellement à vous), 1 € part à l'État, et cette TVA n'apparaît jamais dans vos comptes. Ce principe est la clé pour comprendre toutes les mécaniques que nous détaillerons dans la suite de l'article.

3. Comment se calcule la TVA : HT, TTC, mode d'emploi

Vous avez vu apparaître les abréviations HT (« hors taxes ») et TTC (« toutes taxes comprises ») juste au-dessus. C'est le couple de référence en fiscalité, et il y a une règle à intégrer une bonne fois pour toutes : le taux de TVA s'applique toujours sur le prix HT, jamais sur le prix TTC.

Imaginons une TVA fictive de 20 %. Si vous voulez que votre entreprise encaisse réellement 5 € sur la vente d'un patron crochet, voici ce qui se passe :

ÉlémentCalculMontant
Prix HT (ce qui revient à l'entreprise)base5,00 €
TVA (20 % du HT)5 × 0,201,00 €
Prix TTC payé par le·la client·e5 × 1,206,00 €

Votre client·e paie 6 €, mais vous n'en voyez que 5 €. Et attention : ces 5 € ne sont pas non plus votre salaire ! Il faut encore en déduire vos charges sociales, vos cotisations, l'impôt sur le revenu, vos coûts de production et vos frais de plateforme.

Pour passer rapidement d'un prix à l'autre :

  • Du HT vers le TTC : multipliez par 1,20 (pour 20 % de TVA).
  • Du TTC vers le HT : divisez par 1,20.

À savoir

Deux nuances importantes sur le taux. D'abord, le 20 % utilisé dans nos exemples est le taux normal français, mais il varie selon le pays de l'acheteur·euse (entre 17 % au Luxembourg et 27 % en Hongrie au sein de l'UE par exemple). Nous y reviendrons dans les sections Etsy et vente directe à l'étranger. Ensuite, tous les produits ne sont pas soumis à ce taux normal : en France, les livres (physiques et numériques) bénéficient d'un taux réduit à 5,5 % (depuis 2013 pour les ebooks, sous conditions strictes d'éligibilité au statut fiscal de « livre »). Si vous vendez un livre crochet à 20 € TTC, votre TVA est de 1,04 € et votre HT de 18,96 €. Le calcul reste le même, mais avec un coefficient différent (1,055 au lieu de 1,20).

TVA Etsy en micro-entreprise : la plateforme collecte à votre place

C'est sur Etsy que la majorité des créateur·rice·s se prennent les pieds dans le tapis. Voici exactement comment ça marche.

  • Les marketplaces collectent la TVA à votre place dans de nombreux cas.
  • Cette TVA n'entre généralement pas dans votre chiffre d'affaires.
  • Les écarts de TVA d'une vente à l'autre s'expliquent par 3 variables précises.

C'est ici que beaucoup découvrent un piège après leur premier mois de ventes, en comparant le prix affiché à ce que paie réellement la clientèle.

Le mécanisme du « vendeur réputé »

Sur Etsy, Amazon Handmade, Creative Fabrica et la plupart des grandes marketplaces internationales, la plateforme est désormais considérée comme « vendeur réputé » (en anglais deemed supplier) par les autorités fiscales de nombreux pays. Cela veut dire que, fiscalement parlant, c'est Etsy qui est considéré comme le·la vendeur·euse auprès du fisc, pas vous. Cette règle s'applique notamment dans toute l'Union européenne (depuis juillet 2021), au Royaume-Uni, en Norvège, en Suisse, en Australie, en Nouvelle-Zélande et dans certains États américains.

Concrètement, la plateforme collecte elle-même la TVA auprès de votre client·e puis la reverse aux autorités fiscales du pays de l'acheteur·euse, même si vous êtes en franchise en base et donc non assujetti·e à la TVA. Mais attention : ce statut de « vendeur réputé » s'applique selon des règles précises qui dépendent du type de produit vendu.

Pour les biens numériques (patrons téléchargeables, ebooks, cours préenregistrés)

Etsy collecte systématiquement la TVA pour les ventes à des particulier·ère·s (le sigle B2C en anglais, pour Business to Consumer : entreprise vers particulier) dans l'UE, au Royaume-Uni, en Norvège, en Suisse, et dans les pays qui imposent ce mécanisme. C'est le cas de figure le plus simple : vous n'avez à vous occuper de rien.

Pour les biens physiques (amigurumi, kits, accessoires)

C'est plus nuancé. Etsy n'est « vendeur réputé » que dans certains cas :

  • Imports vers l'UE depuis hors UE (par exemple, vous expédiez vers un·e client·e européen·ne depuis un atelier hors UE) sous 150 € de valeur : Etsy collecte la TVA via le régime IOSS (en anglais Import One-Stop Shop, le pendant import du guichet OSS).
  • Imports vers le Royaume-Uni sous 135 £ : Etsy collecte la VAT UK (Value Added Tax, l'équivalent britannique de la TVA).
  • Ventes intra-UE entre deux pays de l'UE : c'est généralement vous, le·la vendeur·euse, qui restez responsable de la TVA selon vos propres règles fiscales (franchise en base, OSS si dépassement de 10 000 €, etc.). Etsy n'intervient pas dans ce cas.

Cette distinction est importante : la majorité des créateur·rice·s européen·ne·s vendant à des client·e·s européen·ne·s restent géré·e·s par leur propre régime TVA pour leurs biens physiques.

Et les autres plateformes ?

Etsy n'est pas la seule option pour vendre vos créations crochet : Ravelry, Ribblr et votre propre site web fonctionnent chacun différemment vis-à-vis de la TVA. La section suivante détaille comment chacun d'entre eux gère la collecte et impacte ce que vous déclarez.

Comment cela se traduit dans la pratique

Vous fixez votre prix de vente à 5 €. Voici ce qui se passe selon le pays de l'acheteur·euse, dans le cas où Etsy collecte la TVA (typiquement, un patron numérique) :

Pays de l'acheteur·euseTVA appliquée par EtsyPrix final affichéCe que vous touchez (avant frais Etsy)
France20 %6,00 €5,00 €
Allemagne19 %5,95 €5,00 €
Hongrie27 %6,35 €5,00 €
Royaume-Uni20 %6,00 €5,00 €
Suisse8,1 %5,41 €5,00 €
États-Unis (selon État)0 à 10 %5,00 € à 5,50 €5,00 €

Vous touchez bien vos 5 € (moins les frais Etsy, sur lesquels nous reviendrons dans un autre article), mais votre client·e paie davantage, parfois beaucoup plus, sans que vous ayez la main là-dessus.

Impact sur votre déclaration : la TVA Etsy n'entre pas dans votre CA

Bonne nouvelle : la TVA collectée par Etsy ne fait pas partie de votre chiffre d'affaires (le « CA », c'est-à-dire le total de ce que vous encaissez via votre activité, à déclarer chaque mois ou trimestre à l'URSSAF). Elle ne transite jamais par votre compte bancaire pro. Vous recevez vos 5 € de prix de vente (moins les frais Etsy), et c'est ce montant qui compte dans votre CA déclaré.

Cela veut dire que :

  • Vos seuils de franchise se calculent sur 5 €, pas sur 6 €.
  • Vos charges sociales s'appliquent sur 5 €, pas sur 6 €.
  • Votre impôt se calcule sur 5 €, pas sur 6 €.

Tout ce que collecte Etsy via la TVA acheteur·euse reste invisible pour votre comptabilité. Et c'est tant mieux : la TVA ne vous appartenant pas, elle ne doit pas alourdir votre fiscalité.

Pourquoi je vois la TVA sur certaines factures Etsy et pas sur d'autres ?

C'est sans doute la question la plus fréquente dans les communautés de vendeur·euse·s Etsy. Réponse : quand Etsy applique (ou pas) la TVA sur une vente, trois variables entrent en jeu.

Variable 1 : Le pays (et même l'État) de l'acheteur·euse

C'est la variable principale.

En Union européenne, Royaume-Uni, Norvège, Suisse...

Pour les biens numériques, Etsy applique systématiquement la TVA du pays de l'acheteur·euse (sauf cas B2B, voir variable 2). Pour les biens physiques intra-UE, c'est en revanche votre propre régime fiscal qui s'applique. Une vente à un·e client·e français·e aura toujours 20 % de TVA sur un patron numérique, mais sur un amigurumi physique vendu au·à la même client·e, c'est vos règles personnelles qui priment.

Aux États-Unis : c'est là que ça devient compliqué

Les États-Unis n'ont pas de TVA fédérale. Ils ont une sales tax au niveau de chaque État, et chaque État décide :

  • S'il taxe ou non les produits numériques (téléchargements).
  • À quels seuils un·e vendeur·euse étranger·ère doit déclencher la collecte.
  • Si la marketplace (Etsy) doit collecter à la place du·de la vendeur·euse.
Type d'ÉtatExemplesSales tax sur vos produits ?
États sans sales tax du toutOregon, Montana, Alaska, New Hampshire, DelawareNon, jamais
États qui ne taxent pas les biens numériquesCalifornie, Floride, Virginie, GéorgieNon sur le numérique, oui sur le physique
États qui taxent les biens numériquesTexas, Pennsylvanie, Washington, Connecticut, Tennessee, Indiana, Kentucky, Utah, Wisconsin...Oui sur tout
États avec règles partielles ou évolutivesNew York, Massachusetts, IllinoisVariable, ça change régulièrement

Donc un·e client·e qui achète un patron numérique depuis le Texas paiera de la sales tax, alors que la même vente à un·e client·e californien·ne n'en paiera pas. Pour un kit physique, c'est encore différent. Même produit, même vendeur·euse, deux résultats différents : c'est parfaitement normal.

À noter : les règles évoluent régulièrement aux États-Unis. Un État qui ne taxait pas les biens numériques peut commencer à le faire d'une année sur l'autre.

Hors UE et hors États-Unis

Chaque pays a ses propres règles. Certains exigent qu'Etsy collecte (Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Japon, Inde, Singapour...), d'autres non.

Variable 2 : Le statut fiscal de l'acheteur·euse (B2C vs B2B)

C'est la deuxième source courante de « parfois oui, parfois non » sur vos factures, et elle est majeure pour les ventes européennes.

  • Acheteur·euse particulier·ère (B2C) : la TVA est appliquée systématiquement.
  • Acheteur·euse professionnel·le avec un numéro de TVA intracommunautaire valide (le sigle B2B, pour Business to Business : entreprise vers entreprise) : la TVA n'est pas appliquée. C'est le mécanisme de l'autoliquidation (en anglais reverse charge) : l'acheteur·euse déclare et auto-collecte la TVA dans son propre pays, à la place du·de la vendeur·euse.

Donc si un·e client·e français·e achète votre kit en tant que particulier·ère, la TVA est de 20 %. Si une boutique de laine française achète ce même kit en renseignant son numéro de TVA pro sur Etsy, elle paie 0 € de TVA sur la facture Etsy.

C'est probablement la cause numéro 1 des écarts que vous voyez sur des ventes faites au même pays.

Variable 3 : Le type de produit

Les règles fiscales ne traitent pas tous les produits de la même manière :

  • Patrons numériques (téléchargement) : règles « biens numériques », plus systématiquement taxés en UE, plus aléatoires aux États-Unis.
  • Créations physiques (amigurumi, accessoires) : règles « biens corporels », IOSS pour l'import dans l'UE, gestion par le·la vendeur·euse pour l'intra-UE.
  • Kits (laine + patron + accessoires) : généralement traités comme biens physiques, le patron suit le kit.
  • Livres : taux réduit possible selon les pays (5,5 % en France pour les livres physiques et numériques).
  • Cours en ligne : selon qu'ils sont préenregistrés (bien numérique) ou en live (service classique), le traitement diffère.

Ce qu'il faut retenir pour Etsy

  • Affichez votre prix vendeur·euse « net ». La TVA sera ajoutée par-dessus, automatiquement.
  • Ne tentez pas de « compenser » en baissant votre prix.
  • La TVA Etsy n'est pas votre CA.
  • Ne devenez pas expert·e. Faites confiance au système Etsy et concentrez-vous sur votre activité.

Ravelry, Ribblr, votre propre site : comment chacun gère la TVA

Etsy a son propre fonctionnement. Voici les autres plateformes que vous croisez en crochet.

  • Chaque plateforme a son propre fonctionnement TVA, parfois très différent d'Etsy.
  • Le mode de collecte change ce que vous encaissez et ce que vous déclarez.
  • Sur votre propre site, c'est entièrement à vous de gérer (mais en franchise, c'est simple).

Beaucoup de créateur·rice·s combinent plusieurs canaux : Etsy, Ravelry, Ribblr, un site perso... Chacun gère la TVA différemment, ce qui peut compliquer votre comptabilité si vous ne savez pas à quoi vous attendre. Voici une vue d'ensemble.

Comparaison rapide des 4 modèles

PlateformeQui collecte la TVA acheteur·euseCe que vous encaissezCe que vous déclarez en CA
EtsyEtsy (sur biens numériques)Prix vendeur HTPrix vendeur HT (TVA exclue)
RavelryVous encaissez puis reversez à RavelryTotal payé par client·e (TTC)TTC encaissé (la TVA reversée à Ravelry sort ensuite de votre compte)
RibblrVous (Ribblr n'est pas « vendeur réputé »)Total payé par client·eTotal encaissé (en franchise = pas de TVA appliquée)
Site perso + passerelle classique (Stripe, PayPal...)Vous (ou personne en franchise)Total payé par client·eTotal encaissé (en franchise = pas de TVA à déduire)
Site perso + Merchant of Record (Gumroad, Lemon Squeezy...)Le MoR (comme Etsy)Prix vendeur HT (le MoR reverse le HT)Prix vendeur HT (TVA gérée par le MoR)

Ravelry

Ravelry est la plateforme historique des patrons crochet et tricot. Contrairement à Etsy, Ravelry n'est pas officiellement « vendeur réputé » au sens fiscal : la responsabilité légale de la TVA reste sur vos épaules. Toutefois, Ravelry propose un système d'aide à la collecte que nous décrivons ci-dessous, basé sur le comportement que nous avons observé.

Ravelry ajoute la TVA acheteur·euse par-dessus votre prix vendeur, mais le paiement passe directement par votre compte PayPal. Vous encaissez donc le montant total payé par la cliente (TTC), et Ravelry vous demande ensuite de lui reverser mensuellement la TVA collectée sur l'ensemble de vos ventes du mois.

Particularité du seuil de 0,75 $ par transaction : si les frais et taxes calculés sur une vente individuelle restent en dessous de 0,75 $ (TVA comprise), Ravelry ne les inclut pas dans la redevance mensuelle qu'il vous réclame. Au-dessus de ce seuil, la TVA est appliquée et due normalement, et vous devez la reverser à Ravelry.

Conséquence pour votre déclaration : votre chiffre d'affaires inclut le TTC encaissé au moment de la vente, même si vous reversez ensuite la TVA à Ravelry. Le mécanisme étant différent du modèle Etsy, pensez à bien le distinguer dans votre comptabilité.

Côté frais : Ravelry prélève des frais de plateforme, et PayPal ses propres frais de transaction (environ 2,9 % + 0,30 € sur le montant TTC encaissé en France).

Ribblr

Ribblr est la plateforme spécialisée dans les patrons crochet/tricot interactifs. Contrairement à Etsy, Ribblr n'est pas « vendeur réputé » : sa Payments Policy précise explicitement que c'est à vous, le·la vendeur·euse, de gérer vos taxes (« You are responsible to comply with all regulations, as well as for your own taxes »).

Concrètement : vous fixez votre prix de vente, votre client·e paie ce prix (le paiement passe par Stripe), vous recevez le montant total, et c'est à vous de calculer et reverser la TVA si vous y êtes assujetti·e. En franchise en base, vous n'avez rien à faire : vous facturez net comme sur votre propre site. Ribblr met à disposition la localisation de vos client·e·s via Stripe pour faciliter votre gestion si vous deviez un jour passer à la TVA.

Conséquence pour votre déclaration : votre chiffre d'affaires correspond au montant total que vous encaissez. En franchise, c'est tout simplement votre prix de vente, sans TVA à déduire ni à reverser.

Côté frais : Ribblr prélève une commission sur les ventes (variable selon votre formule, parfois réductible), et Stripe ses propres frais de transaction (environ 2,9 % + 0,30 € sur le montant TTC en France).

Votre propre site

Sur votre propre site, le fonctionnement de la TVA dépend entièrement du type de prestataire de paiement que vous utilisez. Il existe deux grandes familles, et la différence entre les deux change tout pour la TVA.

Cas 1 : passerelle de paiement classique (Stripe, PayPal, Shopify Payments, WooCommerce direct...)

Vous êtes le·la vendeur·euse aux yeux du fisc. Aucune plateforme intermédiaire ne collecte la TVA à votre place : la passerelle se contente de traiter le paiement.

Bonne nouvelle pour la micro-entreprise en franchise en base : vous facturez net, sans TVA, et vous encaissez exactement votre prix de vente. Votre chiffre d'affaires correspond simplement au montant payé par votre client·e. Pas de TVA à reverser, pas de mécanique compliquée. Attention toutefois si vous vendez à l'étranger : la section suivante (« Vente directe à l'étranger ») détaille les obligations spécifiques (seuil OSS de 10 000 € pour les ventes UE, VAT UK, etc.).

Cas 2 : Merchant of Record (Gumroad, Lemon Squeezy, Paddle, Payhip, FastSpring...)

Un Merchant of Record (MoR, parfois appelé « vendeur officiel ») est un service qui devient légalement le vendeur de vos produits auprès des autorités fiscales. Vous vendez vos patrons via votre vitrine, mais c'est le MoR qui apparaît sur les factures client·e·s, qui collecte la TVA dans tous les pays applicables, et qui la reverse aux fiscs concernés. Le principe est similaire à Etsy : la plateforme prend en charge la complexité TVA pour vous.

Conséquence : vous n'avez aucune obligation TVA sur ces ventes (le MoR s'en charge intégralement, y compris l'OSS, la VAT UK, la sales tax US, etc.). Le MoR vous reverse votre prix vendeur HT, et c'est ce montant qui constitue votre chiffre d'affaires. C'est une solution très appréciée des créateur·rice·s de produits numériques qui ne veulent pas gérer la TVA internationale eux-mêmes.

Point important à anticiper : un MoR applique toujours la TVA acheteur·euse, même si vous êtes en franchise en base. Votre client·e paie donc systématiquement un prix TTC (avec une TVA qui peut varier de 17 à 27 % selon son pays en UE), là où vous afficheriez un prix net sur votre propre site avec passerelle classique. À cela s'ajoute la commission du MoR (typiquement 5 à 10 % du TTC), bien plus élevée que celle d'une passerelle classique (environ 2,9 % + 0,30 € par transaction).

Pour une micro-entreprise en franchise, le calcul est donc rarement favorable. Deux options s'offrent à vous, et aucune n'est idéale : soit vous laissez la TVA et la commission MoR s'ajouter par-dessus votre prix (votre client·e paie plus cher), soit vous absorbez ces frais dans votre prix affiché (votre marge nette diminue d'autant). Dans les deux cas, vous perdez l'avantage clé de votre statut. Le MoR devient vraiment intéressant uniquement si vous dépassez les seuils de la franchise (la TVA s'appliquerait de toute façon), ou si vous vendez massivement à l'international et préférez déléguer toute la complexité fiscale plutôt que de la gérer vous-même.

À savoir

Ne confondez pas un MoR avec une simple passerelle de paiement. Stripe, PayPal et Shopify Payments ne sont PAS des MoR : ils ne traitent que le paiement, pas la TVA. En revanche, Gumroad, Lemon Squeezy, Paddle, Payhip et FastSpring sont bien des MoR. Vérifiez toujours dans les conditions de votre prestataire avant de supposer.

Côté frais : les passerelles classiques prélèvent typiquement 2,9 % + 0,30 € par transaction (Stripe, PayPal). Les MoR prélèvent davantage (en général 5 à 10 % du TTC), mais leur service inclut la gestion fiscale internationale complète.

Note rapide sur les frais : HT ou TTC ?

Les frais des plateformes ne sont pas tous calculés sur la même base, ce qui impacte votre marge réelle. Sur Etsy, par exemple, certains frais sont calculés sur le HT (les frais de transaction et d'exploitation réglementaire) tandis que d'autres le sont sur le TTC (les frais de traitement de paiement). Sur Ravelry, Ribblr et site perso, les frais des prestataires de paiement (PayPal, Stripe) s'appliquent généralement sur le montant TTC encaissé.

Cet article ne détaille pas les frais des plateformes (ce sera le sujet d'un article dédié), mais retenez que HT ou TTC, ça change votre marge nette. Au moment de comparer vos canaux ou de fixer vos prix, pensez à intégrer ces nuances.

C'est d'ailleurs pourquoi le prix d'un même produit varie souvent d'une plateforme à l'autre, en particulier entre Etsy et un site perso. Le·la vendeur·euse est souvent en micro-entreprise (donc non redevable de TVA), mais sur Etsy la TVA est collectée et ajoutée par-dessus le prix initial, et de nombreux frais s'appliquent. Sur un site perso, la TVA n'est généralement pas ajoutée au prix de vente, et les frais sont moins nombreux : la créatrice peut donc afficher un prix plus bas qu'Etsy tout en gardant une marge plus élevée.

Vente directe à l'étranger : les obligations TVA à connaître

Sur votre propre site avec passerelle classique ou en facturation manuelle, c'est vous qui devez tout gérer.

  • Franchise en base ne veut pas dire « exonération universelle ».
  • Le seuil OSS de 10 000 € s'impose dès que vos ventes UE le dépassent.
  • Vendre à des particulier·ère·s UK demande une inscription à la VAT UK.

Cette section concerne la vente en direct, c'est-à-dire toutes les ventes où c'est vous qui restez fiscalement responsable : votre propre site avec passerelle classique (Stripe, PayPal, Shopify Payments...), facturation manuelle, ventes sur les réseaux sociaux, mais aussi les ventes via Ravelry et Ribblr qui ne sont pas « vendeurs réputés ». Beaucoup de créateur·rice·s français·e·s en franchise en base découvrent (souvent trop tard) des obligations jusqu'alors ignorées sur ces canaux.

À l'inverse, pour vos ventes via Etsy (et autres marketplaces qui sont « vendeurs réputés », comme Amazon Handmade) ou via un Merchant of Record (Gumroad, Lemon Squeezy, Paddle, Payhip, FastSpring...), cette section ne s'applique pas : ces plateformes prennent en charge l'OSS, la VAT UK, la sales tax US et toutes les autres obligations internationales à votre place.

La règle générale : franchise en base ne veut pas dire « exonération universelle »

La franchise en base de TVA française vous dispense de collecter la TVA sur vos ventes en France tant que vous restez sous les seuils. Mais elle ne vous dispense pas automatiquement de toute obligation TVA pour vos ventes à l'étranger.

Ventes à des client·e·s UE (B2C) : le seuil de 10 000 €

Depuis juillet 2021, l'Union européenne a instauré un seuil unique de 10 000 €/an pour les ventes à distance entre pays de l'UE. Ce seuil cumule toutes vos ventes UE (biens physiques + biens numériques + services électroniques), tous pays confondus. Au-dessus de ce seuil, vous devez utiliser le guichet unique OSS (en anglais One-Stop Shop) : un portail de l'administration fiscale qui vous permet de collecter et reverser la TVA de plusieurs pays de l'UE en une seule déclaration trimestrielle, plutôt que de vous immatriculer dans chaque pays.

Volume annuel de ventes UE (B2C)Ce que vous devez faire
Sous 10 000 € cumulésVous appliquez les règles françaises. Si vous êtes en franchise en base, pas de TVA à collecter. Vos ventes UE sont traitées comme des ventes françaises.
Au-dessus de 10 000 € cumulésVous devez vous inscrire au guichet unique OSS (One-Stop Shop), et appliquer le taux de TVA du pays de chaque client·e. Et ce, même si vous restez en franchise pour vos ventes françaises.

Le cas hybride est particulièrement piégeux : vous pouvez parfaitement être en franchise en base pour vos ventes France (donc pas de TVA française) et collecter la TVA via OSS pour vos ventes UE (parce que vous avez dépassé 10 000 €). C'est un point que beaucoup d'expert·e·s-comptables maîtrisent mal, donc vérifiez auprès d'un·e spécialiste fiscalité internationale.

Ventes à des professionnel·le·s UE (B2B)

Si vous vendez en direct à un·e professionnel·le de l'UE qui vous fournit un numéro de TVA intracommunautaire valide (vérifiable sur le site VIES de la Commission européenne), le mécanisme d'autoliquidation s'applique :

  • Vous facturez sans TVA.
  • Vous mentionnez le n° TVA de l'acheteur·euse sur la facture.
  • Vous indiquez « Autoliquidation, art. 196 directive 2006/112/CE ».
  • Vous faites une Déclaration Européenne de Services (DES) chaque mois (un formulaire en ligne sur le site des douanes qui liste vos ventes de services à des pros UE), même en étant en franchise en base.
  • Pour les biens (donc tout ce qui est physique : amigurumis, kits, livres papier...), vous faites une déclaration appelée EMEBI (Enquête statistique mensuelle sur les échanges de biens intra-UE, qui a remplacé l'ancienne « DEB » depuis le 1er janvier 2022), ainsi qu'une déclaration TVA récapitulative distincte.

Ventes hors UE

Les ventes à des client·e·s situé·e·s hors de l'Union européenne (États-Unis, Royaume-Uni post-Brexit, Canada, Suisse, Australie...) sont considérées comme des exportations et sont exonérées de TVA française.

Mais attention :

  • Votre client·e peut être taxé·e dans son pays (sales tax US, GST Canada, etc.). Ce n'est pas votre problème direct, mais ça peut affecter le prix final payé.
  • Le Royaume-Uni post-Brexit a ses propres règles. Pour la vente en direct de biens physiques à des particulier·ère·s UK sous 135 £ par envoi, le·la vendeur·euse étranger·ère doit s'enregistrer à la VAT UK dès la première vente et collecter la VAT UK (20 % en règle générale). Au-dessus de 135 £, ce sont les règles d'import classiques qui s'appliquent (le·la client·e paie la VAT à l'import). À noter : le seuil de 135 £ est en évolution, sa fin étant prévue pour fin décembre 2026, avec un nouveau régime à compter de 2027.
  • Pour les biens physiques, l'envoi devient une exportation hors UE, avec déclaration douanière nécessaire au-delà d'un certain montant.

Récapitulatif pour un·e micro-entrepreneur·euse FR en franchise

Type de vente directeTVA à collecter ?Obligation déclarative
Client·e FR (B2C)Non (sous seuil franchise)Aucune obligation TVA
Client·e UE (B2C), sous 10 000 € cumulésNonAucune obligation TVA
Client·e UE (B2C), au-dessus de 10 000 € cumulésOui, taux du pays du·de la client·eInscription OSS et déclarations trimestrielles
Client·e UE pro avec n° TVA valide (B2B)Non, autoliquidationMention sur facture + DES (services) ou EMEBI (biens)
Client·e UK (B2C), bien physique sous 135 £Oui, VAT UK 20 %Enregistrement VAT UK requis dès la 1ère vente
Client·e hors UE (autres pays)Non, export exonéréMention sur facture, déclaration douanière si bien physique

Conseil pratique : si vous commencez à faire des ventes internationales régulières en direct, prenez rendez-vous avec un·e comptable spécialisé·e en fiscalité internationale au moins une fois par an. Le coût est dérisoire face aux risques.

Le traitement TVA selon votre type d'activité crochet

L'univers du crochet ne se résume pas aux patrons numériques. Chaque activité a son régime.

  • Patrons, kits, livres, cours, ateliers, marchés : à chacun·e sa fiscalité.
  • La vente physique (marché créateur, dépôt-vente, gros) suit ses propres règles.
  • Combiner plusieurs activités multiplie les régimes à suivre.

Vue d'ensemble

ActivitéCatégorie fiscaleParticularités à connaître
Vente de patrons numériquesBien numérique / service électroniqueRègles UE strictes, OSS dès 10 000 € cumulés
Vente de créations physiques (amigurumi, vêtements, accessoires)Bien matérielRègles ventes à distance UE/IOSS pour import
Vente de kits (laine + patron + accessoires)Bien matériel composéLe kit est traité comme un seul bien, le patron suit
Vente de livres physiquesBien matérielTaux réduit possible (5,5 % en France)
Vente de livres numériques (ebook)Bien numériqueTaux réduit en France (5,5 %) depuis 2013, sous conditions strictes d'éligibilité au statut « livre »
Cours en ligne préenregistrésService électroniqueMêmes règles que biens numériques (OSS UE)
Cours en ligne live (visio en direct)Prestation de servicesRègles classiques de service, pas électronique
Atelier en présentielPrestation de servicesTaxable au lieu de l'atelier
Revente de laine, mercerieBien matérielRègles classiques de vente, attention aux marges
Vente physique en marché créateur, foire, salonBien matériel, vente B2C en présentielTVA du pays où se déroule l'événement
Vente en dépôt-vente en boutiqueBien matériel, B2C avec intermédiaireLa boutique prend une commission, vous restez le·la vendeur·euse fiscalement
Vente en gros à des revendeur·euse·s (boutiques, concept stores)Bien matériel, vente B2BAutoliquidation possible si revendeur·euse UE pro
Affiliation, sponsoring, partenariatsPrestation de services B2BAutoliquidation possible si client·e UE pro
Adhésions / abonnements à du contenuSelon contenu (numérique ou service)À analyser au cas par cas

Quelques points d'attention spécifiques

Les kits hybrides (physique + numérique)

Si vous vendez un kit qui contient à la fois de la laine, des accessoires et un patron numérique téléchargeable, c'est généralement le régime du bien physique qui prime, parce que la composante physique est l'élément principal de la vente. Mais dans certains cas (kit où le patron représente l'essentiel de la valeur), l'analyse fiscale peut être différente. Demandez confirmation à un·e comptable.

Les livres : taux réduit, mais sous conditions

En France, le taux réduit de 5,5 % s'applique aux livres, qu'ils soient physiques ou numériques. Mais attention : un « livre numérique » au sens fiscal doit présenter le même contenu qu'un livre physique équivalent. Un PDF de 80 pages contenant patrons et explications structurés peut souvent être traité comme un livre. Un simple patron PDF de 4 pages, non. Les applications interactives, les logiciels et les contenus enrichis multimédia ne bénéficient généralement pas du taux réduit.

Cours en ligne : préenregistré vs live, deux régimes différents

C'est une subtilité méconnue mais importante :

  • Un cours préenregistré (vidéo ou PDF que le·la client·e télécharge ou regarde à son rythme) est considéré comme un service électronique, donc soumis aux règles biens numériques (OSS, etc.).
  • Un cours live en visio (avec interaction en direct) est considéré comme une prestation de services classique, avec d'autres règles.

Concrètement, vendre un même cours en deux formats (replay automatique et live) peut activer deux régimes fiscaux différents.

Ateliers en présentiel : taxables au lieu

Si vous animez un atelier crochet à Paris, la TVA française s'applique. Si vous l'animez à Bruxelles, c'est la TVA belge. Le critère est le lieu de l'atelier, pas votre lieu d'établissement.

Affiliation et partenariats : du B2B presque toujours

Quand vous touchez une commission via un programme d'affiliation (Amazon, We Are Knitters, Wool and the Gang, etc.) ou via un partenariat sponsorisé, vous facturez à l'entreprise, pas à un·e particulier·ère. C'est une prestation de services B2B, soumise aux règles d'autoliquidation si l'entreprise est dans un autre pays UE.

Cas spécifique : la vente physique de vos créations

Vendre vos amigurumis, accessoires ou pièces décoratives en physique (marchés créateurs, foires, salons, dépôt-vente, vente directe à des boutiques) suit des règles qui diffèrent significativement de la vente en ligne. Voici les principaux cas.

Marché créateur, foire, salon de créateur·rice·s en France

C'est le cas le plus simple. Vous vendez en direct à des particulier·ère·s, en face-à-face, paiement comptant ou carte bancaire (via un terminal, Sumup, Smile&Pay, etc.).

  • En franchise en base : aucune TVA à collecter, vous facturez net.
  • Hors franchise : vous appliquez la TVA française (20 % en règle générale, 5,5 % pour les livres) sur chaque vente. Pensez à pouvoir éditer un ticket ou une facture si le·la client·e le demande.

À savoir

Même en franchise, gardez une trace écrite de chaque vente (cahier, application caisse, ticket Sumup). Vos seuils de franchise se calculent sur le total de vos ventes, et l'administration peut demander la justification.

Marché créateur à l'étranger

Vous exposez à un marché de créateur·rice·s à Bruxelles, à Genève, à Berlin ? La règle change : c'est la TVA du pays où se déroule la vente qui s'applique, pas la française.

  • Concrètement, vendre 50 € d'amigurumis sur un marché à Bruxelles relève de la TVA belge, pas française.
  • En franchise française, vous restez théoriquement non-collecteur·rice, mais selon le pays et le volume, vous pouvez avoir des obligations locales.
  • Pour des participations occasionnelles à des marchés UE, le risque pratique est faible. Pour des participations régulières (tournée de marchés de Noël en Europe chaque année par exemple), une consultation comptable s'impose.

Dépôt-vente en boutique

Vous laissez vos créations dans une boutique qui les vend pour vous, contre une commission (typiquement 30 à 50 % du prix de vente). Trois éléments à connaître :

  • Vous restez le·la vendeur·euse d'un point de vue fiscal. La boutique n'achète pas vos créations, elle les revend en votre nom.
  • Le prix de vente affiché en boutique est TTC. Si vous êtes hors franchise, ce prix doit déjà intégrer la TVA. Si vous êtes en franchise, pas de TVA dans le prix.
  • Vous facturez la boutique de votre rétrocession (ou la boutique vous facture sa commission, selon le contrat). Cette facture est une facture de prestation entre pros, soumise à ses propres règles.

C'est un montage qui mérite un contrat écrit clair avec la boutique pour éviter les zones grises.

Vente en gros à des revendeur·euse·s (wholesale B2B)

Vous vendez en lot à une boutique de loisirs créatifs, à un concept store, à une mercerie qui revend au prix de détail. C'est une vente B2B classique.

  • Revendeur·euse français·e pro : vous facturez avec TVA si vous êtes assujetti·e, ou sans TVA si vous êtes en franchise. Si le·la revendeur·euse est assujetti·e à la TVA, la récupération est possible de son côté.
  • Revendeur·euse d'un autre pays UE avec n° TVA intracommunautaire valide : vous facturez sans TVA, en mentionnant l'autoliquidation et le n° TVA de l'acheteur·euse. Vous devez faire une EMEBI pour les biens, en plus de la déclaration TVA récapitulative.
  • Revendeur·euse hors UE : exportation, exonérée de TVA française. Déclaration douanière requise au-delà d'un certain montant.

À noter : la vente en gros change souvent la structure de prix. Un amigurumi vendu 35 € TTC en marché créateur peut être proposé à 17-20 € HT à un·e revendeur·euse, qui le revendra autour de 35-45 € TTC. Pensez votre prix de gros dès la construction de votre tarification.

Salons professionnels et B2B events

Si vous exposez sur un salon pro (Maison & Objet, salons de créateur·rice·s B2B, etc.) pour prendre des commandes auprès de boutiques, ce sont les règles B2B qui s'appliquent à toutes les ventes ou commandes prises sur place.

Récapitulatif vente physique

Canal de vente physiqueType d'acheteur·euseTVA applicable
Marché créateur en FranceParticulier·ère (B2C)TVA française si hors franchise, sinon rien
Marché créateur dans l'UE (hors France)Particulier·ère (B2C)TVA du pays de l'événement, vérifier les obligations locales
Dépôt-vente en boutique françaiseParticulier·ère (B2C) via intermédiaireTVA française incluse dans le prix affiché si hors franchise
Vente en gros à un·e revendeur·euse français·ePro (B2B)TVA française si hors franchise, sinon rien
Vente en gros à un·e revendeur·euse UE pro avec n° TVAPro (B2B)Pas de TVA, autoliquidation + EMEBI
Vente en gros à un·e revendeur·euse hors UEPro (B2B)Pas de TVA, exportation
Salon professionnel B2B (commandes)Pro (B2B)Mêmes règles que la vente en gros

Si vous combinez plusieurs activités

C'est le cas le plus courant : un·e créateur·rice vend des amigurumis sur Etsy, des patrons sur son site, anime un atelier de temps en temps, fait deux marchés créateurs par an et touche un peu d'affiliation. Chaque revenu suit son régime.

Implications principales :

  • Les seuils de franchise se calculent par catégorie (vente de marchandises vs prestation de services) et il existe des règles de mixité spécifiques.
  • Vos déclarations URSSAF distinguent les types d'activités.
  • Vos obligations TVA peuvent différer pour le·la même client·e selon le produit acheté.

C'est exactement le genre de configuration où un suivi comptable annuel devient un excellent investissement, même sur une petite activité.

Et si un jour vous dépassez les seuils ?

Une note rapide pour les créateur·rice·s qui se développent vite.

  • Vous devrez alors collecter la TVA sur vos ventes et la reverser à l'État.
  • Mais vous pourrez aussi récupérer la TVA payée sur vos achats pro (la TVA déductible).
  • L'arbitrage franchise vs assujettissement mérite un vrai calcul avec un·e comptable.

Si votre activité décolle et que vous franchissez les seuils, vous quittez la franchise en base et devenez assujetti·e à la TVA. Concrètement, vous facturez désormais avec TVA, vous la reversez à l'État, mais vous gagnez aussi un droit important : récupérer la TVA payée sur vos achats professionnels (laine, matériel, logiciels, services, etc.).

Vous reversez alors à l'État la différence entre la TVA collectée sur vos ventes et la TVA déductible sur vos achats. Pour une activité qui investit beaucoup (matériel, publicité, sous-traitance), cette mécanique peut être avantageuse. Mais ce sujet mérite un calcul personnalisé avec un·e comptable, et tant que vous êtes en micro-entreprise, ce n'est pas votre quotidien.

À ce moment-là, le recours à un Merchant of Record (Gumroad, Lemon Squeezy, Paddle, Payhip, FastSpring...) peut aussi devenir intéressant pour vos ventes en ligne, puisque la TVA s'applique de toute façon : déléguer toute la complexité fiscale internationale (OSS, VAT UK, sales tax US...) à un MoR redevient un calcul à faire. À vous de comparer selon vos canaux et votre volume.

À retenir

Les points clés de l'article, à garder sous la main.

  • En micro-entreprise française sous les seuils (85 000 € pour les biens, 37 500 € pour les services en 2026), vous ne facturez pas de TVA sur vos ventes françaises.
  • Quand de la TVA est facturée (par vous ou par une plateforme), elle ne vous appartient jamais. Elle ne fait généralement pas partie de votre chiffre d'affaires.
  • Sur les marketplaces comme Etsy, la plateforme collecte la TVA à votre place pour les biens numériques (patrons, ebooks, cours préenregistrés). Le·la client·e paie plus que votre prix affiché, mais cette TVA n'entre pas dans votre CA et ne pèse pas sur vos seuils.
  • Si vos factures Etsy montrent parfois la TVA et parfois non, c'est normal : cela dépend du pays/État de l'acheteur·euse, de son statut B2C ou B2B, et du type de produit vendu.
  • Mais attention : si vous dépassez 10 000 € cumulés de ventes UE en vente directe (hors marketplaces), vous devez collecter la TVA via le guichet OSS, même en restant en franchise pour vos ventes françaises.
  • Le taux de TVA s'applique toujours sur le HT, jamais sur le TTC.
  • Chaque type d'activité crochet (patrons, kits, livres, cours, ateliers, marchés créateurs, dépôt-vente, vente en gros, affiliation...) a son propre régime fiscal. Une vue d'ensemble est essentielle dès que vous combinez plusieurs sources de revenus.
  • Pour la dimension internationale en vente directe et pour les activités multiples, déléguez à un·e comptable. Vraiment.

Avertissement légal

Cet article a une vocation pédagogique et ne constitue pas un conseil fiscal personnalisé. Les règles de TVA, les seuils, les régimes (franchise en base, OSS, IOSS, EMEBI, VAT UK post-Brexit, sales tax US...) évoluent régulièrement et leur application dépend de votre situation précise (statut, pays, type d'activité, volume, clientèle B2C/B2B, etc.). Les informations présentées correspondent à l'état des règles connues au moment de la rédaction (2026) et peuvent ne plus être à jour à la date de votre lecture. Pour toute décision impactant votre activité, consultez un·e expert·e-comptable ou un·e conseiller·ère fiscal·e qualifié·e, idéalement spécialisé·e en fiscalité internationale si vous vendez à l'étranger.

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